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jeudi, novembre 8 2007

Songes de Mevlido

Mevlido leva la brique une deuxième fois, et Berberoïan, qui détestait qu’un inférieur lui cogne sur la tête, se hâta de reprendre son autocritique.

J'ai découvert l'œuvre de Volodine avec Alto solo, un livre remarquable dont le début me hante. Il y a une manière de raconter - conter, faire des contes - chez Volodine assez plaisante, un humour, un jeu, une histoire. Qu'est-ce qu'on peut demander de plus lorsque la littérature d'aujourd'hui ne nous offre plus le plaisir du texte ?

Un extrait du dernier ouvrage d’Antoine Volodine

lundi, octobre 15 2007

Présentation du livre Chroniques littéraires du Journal des débats

Présentation du livre Chroniques littéraires du Journal des débats

lundi, octobre 8 2007

Chroniques littéraires du Journal des débats

Maurice Blanchot - Chroniques littéraires du Journal des débats

Un moment important: La publication des chroniques littéraires du Journal des débats.

Chroniques littéraires du Journal des débats

Avril 1941 - Août 1944
Éditions Gallimard
Cahiers de la N.R.F
Edition établie par Christophe Bident
Le livre sera en librairie le 11 octobre.

Je dirais simplement merci, à toi, Christophe Bident, qui rends accessible ces chroniques (presque 700 pages...). Rendre possible comme rendre service, comme rendre hommage.

Jamais Maurice Blanchot n'aura écrit autant de chroniques littéraires que pendant ces années de guerre. Entre avril 1941 et août 1944, chaque semaine, un article recense un ou plusieurs livres récemment parus : romans, poèmes, essais donnent lieu à une réflexion singulière, toujours plus sûre de sa propre rhétorique, livrée davantage à l'écho de l'impossible ou aux sirènes de la disparition. Une critique de jugement ouvre la voie à une critique d'interprétation. Entre les circonstances de la guerre, ce qu'elles rendent possible ou impénétrable, et les fondements de l'acte littéraire, variables au gré des références classiques ou modernes qu'il emprunte, ce sont aussi les théories que Blanchot développera parfois bien plus tard, de La Part du feu à L'Entretien infini et même à L'Écriture du désastre, qui se trouvent ici esquissées. Non sans contradictions ni pas de côté, et dans la certitude fiévreuse d'une œuvre qui commence. Environ un tiers de ces chroniques avait déjà été repris dans Faux Pas, en 1943. C'est tout le reste que nous éditons ici. On y lira des textes sur Dante, Rabelais, Descartes, Montesquieu, Blake, Hoffmann, Jarry ou encore Joyce... On y verra revenir Giraudoux, Mallarmé, Valéry, les surréalistes français et les romantiques allemands. Ces articles révèlent la généalogie d'un critique qui a transformé l'occasion de la chronique en nécessité de la pensée.

Christophe Bident

P.S.
Maurice Blanchot a donc 100 ans. Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Poser cette question. A qui ? A moi, à toi, à nous, à personne.

mardi, juillet 24 2007

La Nuit des Nuits

Je n'étais pas seul, j'étais un homme quelconque. Cette formule, comment l'oublier ?
Maurice Blanchot, Le Très-Haut, Gallimard, Paris, 1948

Comment l'oublier ? Pourtant, cette formule, je l'avais bien oubliée lorsque je me mettais devant La Nuit des Nuits. Cela commence ainsi:

Tu n'étais pas seule, tu étais quelqu'un.
Frédéric Mora, La Nuit des Nuits, Seuil, Paris, 2004

C'est un oubli heureux, perdant la mémoire, la retrouvant sous un autre jour, un autre angle: oublier l'oubli.

Longtemps, je pensais à ce début: Tu n'étais pas seule... Comment est-ce possible ? Quand je suis seul, ce n'est pas moi qui suis là et ce n'est pas de toi que je reste loin. (L'espace littéraire, p.337) et plus loin: Quand je suis seul, je ne suis pas là. En ce sens, la solitude est une absence, le solitaire, l'absent: Tu n'étais pas seule, tu étais là.
Simplement, notons ceci: Tu échoues soudain à être quelqu'un. (La Nuit des Nuits, p.18)
Relisons maintenant les deux phrases:

Tu n'étais pas seule, tu étais quelqu'un.
... J'aurais du te chasser une bonne fois pour toutes, là où, cédant sous le poids mort de tes dérobades et de tes refus, tu échoues soudain à être quelqu'un.

Je dois avouer, la littérature d'aujourd'hui (la littérature de ceux qui vivent encore...) m'attire peu, La Nuit des Nuits de Frédéric Mora fait partie des exceptions. Aujourd'hui, longtemps après la première lecture, je me sens encore habité par ce roman. Pourquoi ? Parce qu'il y a une part d'expérience - l'expérience intérieure, disait G. Bataille -, expérience faite avec les mots, dans les romans, dans la vie des mots, puis, cette vie, cette expérience, s'en va, non, elle se dissimule. Nous restons sensibles, (en attendant, dans l'attente) par rapport à ce que nous avons oublié.

Nous pouvons, bien entendu, songer à ce plaisir, immense, expliqué par le principe Fort-da, et y retrouver les premières étincelles de la narration: un objet (lisons persona) est perdu, il est ensuite retrouvé. Mais nous n'arrêtons de perdre, nous perdons tout, absolument tout, à partir de ce moment-là, la narration commence, lorsque tout est fini, tout commence.

La nuit

Que se passe-t-il la nuit ? Cette question nous est posée par Blanchot (L'espace littéraire, p. 357). La nuit est le lieu où l'expérience s'accomplit. La nuit, en général, nous dormons. Dormir, c'est échapper à la nuit.
Ce qui se passe véritablement dans la nuit:

Et j'étais dans la vigueur de l'âge, le jour ma force était bouleversante, mais il y avait un moment dans la nuit où tout s'arrêtait, l'espoir, la possibilité, la nuit.
Maurice Blanchot, Au moment voulu, Gallimard, Paris, 1951

Dormir la nuit, c'est la loi. Mais la nuit, c'est le négatif (Hegel): La nuit, l'essence de la nuit ne nous laisse pas dormir. Ne pas dormir, rêver. La Nuit des Nuits se passe dans la nuit, tout cela est dans la nuit:

A l'approche du soir, tu perdais doucement tes repères.
La Nuit des Nuits, p.19

La nuit, où tout s'arrête, l'arrêt de mort:

Je me disais: "Ca y est, elle est morte"...
... Tu t'exclamais faiblement: "La tombe s'ouvre ! Les morts ressuscitent ! "
La Nuit des Nuits, p. 20

Mais la nuit - même la nuit - n'est pas seule. Le centre - si la nuit est un centre - se déplace (centre non pas fixe, disait Blanchot), se déforme, se multiplie, se transforme. La nuit devient double, la nuit est le double.

L'été venu, la foule de la Nuit des Nuits fuyait les grandes chaleurs qui s'abattaient sur la ville, elle se déportait au bord de la mer dans un endroit sosie du premier, l'Autre Nuit...
La Nuit des Nuits, p. 26

Regardons ces transformations: Au départ, la Nuit des Nuits, est une boîte que le narrateur, Frédéric, fréquente à Bordeaux, par la suite, la Nuit des Nuits devient l'Autre Nuit, et enfin, nous retrouvons Esther, qui se trouve dans le séjour, à côté des feuilles et des feuilles noircies d'écriture à côté d'un beau stylo chromé. L'ultime phrase se prononce:

C'est ici, me disait Esther: la Nuit des Nuits c'est moi.
La Nuit des Nuits, p. 49

Le centre est mouvementé, mais ce n'est pas tout. Qu'est-ce que la Nuit des Nuits ?

Et comme si elle (Esther) joignait le geste à ces paroles mystérieuses (la Nuit des Nuits c'est moi), elle s'approchait de la table, son corps s'affaissait sous la lampe, il s'éparpillait telle une poussière très fine sur les pages constellées d'écriture noire. Esther s'était volatilisée. Je faisais quelque pas en direction du secrétaire, me penchant comme elle sur les feuilles qui s'étalaient sur toute la longueur de la petite table. A ma grande stupeur, les mots que j'y lisais reprenait trait pour trait le rêve que je venais de faire.

La nuit, le rêve, l'écriture. La nuit est une écriture, l'écriture du rêve. La Nuit des Nuits est un rêve écrit.

Dans La maladie de la mort, Marguerite Duras nous invite à la nuit:

Elle ouvre ses jambes et dans le creux de ses jambes écartées vous voyez enfin la nuit noire. Vous dites: c'était là, la nuit noire, c'est là.
Marguerite Duras, La maladie de la mort, Minuit, Paris, 1982, pp. 52-53

La mer est noire, la nuit aussi, l'écriture aussi. Duras écrit un jour la mer écrite. Qu'est-ce que cela signifie ? Les mots, rien que des mots.

La Nuit des Nuits. Le titre nous invite à réfléchir à cette Nuit ultime, ce rêve ultime, cette écriture par la nuit, dans la nuit. L'écriture est une Nuit (et Nietzsche: la vérité est une femme). La Nuit des Nuits est ce glissement entre la réalité et le rêve, ou encore, c'est la réalité d'un rêve. C'est un passage, passer à l'autre côté du miroir, c'est voir ce qui nous échappe, ce qui surgit par le négatif, négativité vis à vis du monde et ses règles: La Nuit des Nuits est une insomnie insoumise.

vendredi, avril 27 2007

Abandon, abondant

L'abandon. J'aime ce récit de Benoît, je propose donc une lecture pour ce week-end. Et puisque je n'ai pas l'intention de lire ou relire un livre à succès comme le livre (un livre?) d'Eric Besson (par ailleurs, depuis quelques jours je pense sans cesse à La putain respectueuse de Sartre, mais pourquoi?), en me proposant, je vous propose L'abandon que vous pouvez lire et relire ici. Retenons trois phrases:

Celui qui écrit chasse une image qui le hante.

Celui qui avouant questionne, c’est que son secret est trop lourd à porter.

Qui écrit cache un secret.

Pensons à ce rapport, pensons au commencement de ce rapport:

Image - Secret - Écriture - Confession - ...

Faire en sorte que l'abandon soit possible. Abandon abondant.

jeudi, janvier 4 2007

Charlotte d'Ingerville et Sainte de Georges Bataille


Deux récits presques inédits de Bataille viennent d'être publiés par Michel Surya. On ne peut pas passer sous silence la disparition de Lignes & Manifestes, et Lignes, et Farrago...

Ces deux très courts textes de Georges Bataille comptent parmi les plus secrets, les plus obscurs de tous ses récits. Ils n'ont d'ailleurs jamais fait l'objet d'aucune édition séparée, ni du vivant de leur auteur, ni après sa mort. On ne découvrit leur existence qu'à l'occasion de l'établissement des Œuvres complètes (Gallimard), où ils furent intégrés en l'état. L'idée de les réunir ici obéit au désir de les imposer à un titre égal à celui reconnu au reste de son œuvre érotique, dont ils forment l'une des manifestations les plus éclatantes.