Aimer la perfection parce qu'elle est le seuil,
Mais la nier sitôt connue, l'oublier morte...

Yves Bonnefoy, L'imperfection est la cime

J'oublie un carnet sans le perdre, je sais où il est comme je sais où tu es, au moins, je suppose. Un instant d'oubli et puis, le souvenir. Cela survient. Tu étais à l'écart, le carnet te remplaçait, te parlait, t'écrivait, te feuilletait, te commençait, te recommençait, il restait lorsque tu cessais de.. rester.(Cé, c'est toi, cela te ressemble, Cé, comme cesser, c'est, c'est qu'il n'y a plus rien?). Maintenant, tu n’es plus, le carnet n'est plus. Un carnet te contenait, toute une vie ne dépassait pas un carnet. Avec ou sans carnet, tu continues d'exister, désormais tout est abandonné dans ce monde: toi, carnet, toi dans le carnet. Tu ne liras jamais les mots qui t'étaient adressés, tu ne le sauras jamais. Peu importe. Tu survis, il survit.

Oui, tu étais le carnet même.